Un garagiste appelle un lundi matin. Il veut une seule modification : les horaires d'ouverture sur son propre site. Petit travail. Sauf que la personne qui a construit le site il y a trois ans ne répond plus, que la facture de renouvellement du domaine part chez sa société à elle, et que personne au garage ne sait où le site tourne réellement.

Rien n'a été volé et personne n'a agi de mauvaise foi. Le garage n'a simplement jamais été propriétaire de ce qu'il payait depuis des années.

C'est la manière la plus courante dont un petit projet informatique échoue. Pas le premier mois, quand tout le monde est enthousiaste, mais deux ou trois ans plus tard, quand vous voulez changer de prestataire, changer de direction, ou simplement changer vos horaires.

Cinq éléments qui décident si vous pouvez partir

La propriété a l'air d'un sujet pour juristes. En pratique, ce sont cinq choses très concrètes, et vous pouvez toutes les vérifier en un après-midi.

Le nom de domaine. Au nom et à l'adresse e-mail de qui votreentreprise.fr est-il enregistré ? Non pas « qui l'a créé », mais qui figure comme titulaire, qui reçoit la facture de renouvellement, et qui peut se connecter pour le transférer. Si c'est votre prestataire, votre adresse sur internet appartient à quelqu'un d'autre.

L'hébergement. Le compte où votre site ou votre application tourne vraiment, et la carte sur laquelle il est prélevé. Que votre prestataire le gère est parfaitement normal. Que vous n'ayez aucun accès ne l'est pas.

Le code. Le dépôt — l'endroit où vivent les fichiers source, avec l'historique de chaque modification. Vous devez en être propriétaire ou administrateur, même si vous ne l'ouvrez jamais.

Les données. Clients, commandes, rendez-vous, factures, photos. C'est la seule partie que vous ne pourrez jamais reconstruire.

Les comptes liés. Le prestataire de paiement, l'outil d'e-mailing, les statistiques, votre fiche Google Business, les comptes développeur Apple et Google si vous avez une application. Ce sont les plus faciles à perdre, car ils sont généralement créés à la hâte par celui qui était devant le clavier.

« Vous recevez le code source » n'est pas la même chose que le posséder

Un fichier zip sur une clé USB, c'est techniquement le code. C'est quasiment inutile si personne ne peut vous dire comment le faire tourner, quelle version est en ligne, ou pourquoi il existe un dossier final-v3-nouveau.

Ce que vous voulez vraiment : un accès au dépôt avec son historique, une courte description écrite de la façon dont le projet est construit et publié, et une ligne claire dans le devis. Par exemple :

L'ensemble du code, des designs et des contenus créés pour ce projet devient notre propriété au paiement final. Les comptes du domaine, de l'hébergement et des services liés sont créés à notre nom. Sur demande, le prestataire fournit les accès et une description écrite de la façon dont le projet est exécuté et publié.

Demandez ce paragraphe au moment du devis : il ne coûte rien. Demandez-le à mi-parcours : c'est une négociation. Demandez-le après une brouille : c'est un avocat. Un prestataire que cela ne dérange pas vous dit quelque chose d'utile — et celui que cela dérange aussi.

Vos données ne sont pas votre site

Un site se reconstruit en quelques semaines. Huit ans de fichier clients ne se retapent pas.

Testez donc la sortie une fois, pendant que tout le monde est encore ami : pouvez-vous, vous-même, aujourd'hui, exporter vos clients, vos commandes et vos rendez-vous dans un fichier ordinaire — CSV ou Excel — sans demander d'aide à personne ? Si la réponse est une capture d'écran ou « je demande au développeur », vous venez de trouver votre premier chantier. Profitez-en pour poser une question pratique sur les sauvegardes : où elles tournent et combien de temps elles sont conservées. Une phrase dans un e-mail suffit.

Être propriétaire, c'est aussi être joignable

D'après notre expérience, l'autre moitié du problème se trouve dans une boîte mail. Le domaine était bien au nom de l'entreprise, mais le rappel de renouvellement partait vers l'adresse personnelle de quelqu'un parti en 2023. Pour chaque compte susceptible d'expirer, utilisez une adresse partagée que l'entreprise lit vraiment : compta@, info@, bureau@.

Tenez une page à côté : quel compte, quel fournisseur, quelle adresse e-mail, combien par an. Un document partagé ennuyeux mais exact vaut mieux qu'un système ingénieux que personne ne met à jour. Cette page unique transforme le changement de prestataire en décision ordinaire et un peu pénible, plutôt qu'en crise — ce qu'elle devrait toujours être. Chez ITSysPro, cette liste et une courte note expliquant comment tout fonctionne font partie de la livraison ; un client qui peut partir n'en a généralement pas envie.

À faire cette semaine

  • Vérifiez qui figure comme titulaire de votre nom de domaine et quelle boîte reçoit la facture de renouvellement. Un e-mail à votre prestataire suffit.
  • Exportez vous-même, aujourd'hui, vos données clients ou rendez-vous dans un fichier que vous pouvez ouvrir, et rangez-le à un endroit qui vous appartient.
  • Commencez cette page unique : domaine, hébergement, code, données, services liés — avec fournisseur, adresse e-mail et coût annuel.

Si vous souhaitez parcourir votre propre liste avec quelqu'un qui a vu passer quelques reprises de projet, cette conversation peut rester sans engagement.